Développement durable : la jungle des récompenses « vertes »

Publié le 15 janvier 2012

Fondations, associations, groupe de presse, ONG, ministères, tous y vont de leurs récompenses vertes distribuées aux nombreux entrepreneurs du secteur. Auréolés du « Graal DD », voici ces derniers propulsés dans les hautes sphères de la reconnaissance publique. Avec quelle légitimité ?

Bouygues, l’un des plus gros bétonneurs au monde, a reçu en 2010 un Green Business Award, prix décerné par BFM TV en partenariat avec l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). En 2011, rebelote avec l’Award de la communication Fair Business, également remis par l’Ademe… Un non-sens environnemental ? Pas pour Alice Audouin, responsable du développement durable chez Havas Media : « Même les multinationales ont droit à leur prix quand elles font des efforts ! », argumente-t-elle. Peu importe si leur politique globale n’est pas à 100 % responsable. « Ce qui compte, c’est la façon dont sont définis les critères de sélection et les membres du jury, poursuit-elle. C’est cela qui légitimise la valeur d’un prix. » Pour exemple, le jury du Green Business Award de BFM TV était composé de journalistes, patrons d’entreprises et d’anciens ministres dont l’avocate écolo Corinne Lepage.

Des prix soutenus par les ministères

Des bons points et des soutiens conséquents, l’Ademe, sous la tutelle du ministère de l’Environnement, en distribue aussi aux petits entrepreneurs. Sur le salon Pollutec, qui s’est tenu fin novembre à Paris, elle a remis le « Prix entreprises et environnement » à treize sociétés pour leurs innovations originales, du canapé éco-conçu à une carte Sim en papier, en passant par un réfrigérateur solaire. Quelques mois plus tôt, en juin, ce sont de jeunes étudiants que l’agence a récompensés lors du 7e concours Génération Développement Durable. Les deux lauréats du concours sont repartis avec un chèque de 6000 euros pour leur projet PURE (Protect YoUR Earth). « La motivation [des lauréats] a été renforcée et ils espèrent pouvoir se lancer rapidement ! », s’enthousiasme l’Ademe.

Avec le soutien des pouvoirs publics, d’autres prix voient le jour : en juin dernier, le journal économique La Tribune a organisé les premiers « Trophées de l’entreprise sociale », sous le haut patronage du ministère des Solidarités et de la Cohésion sociale. Cinq entreprises ont été récompensées par un jury de professionnels, une entreprise a reçu le coup de cœur du site www.aufeminim.com et une autre a été plébiscitée par les votes du public. Début février prochain, c’est le ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie qui s’y colle : il accueillera la première édition du Grand Prix de la Distribution Responsable, organisé par la prestigieuse école de commerce l’ESSEC. A noter que le Nouveau Consommateur fera parti du jury.

Les femmes mises à l’honneur

Les hautes instances de la république, un gage de reconnaissance ? Plus que jamais lorsqu’elles soutiennent des engagements plaçant l’humain au cœur d’une réflexion globale. Ainsi, le prix « Terre de Femmes » décerné par la Fondation Yves Rocher bénéficie depuis 10 ans du soutien de l’Institut de France : « Chacun participe à l'évaluation des dossiers reçus selon des critères rigoureux : le lien du projet avec le monde végétal, les réalisations concrètes de l'action, ses perspectives, etc. », assure la Fondation Yves Rocher. Son président, Jacques Rocher, a également fait partie du jury du « Prix des Femmes pour le Développement Durable ». Les huit rédactions du groupe de presse Mondadori récompense depuis deux ans huit femmes engagées dans des projets environnementaux et sociaux. Lors de la cérémonie du 4 octobre dernier à laquelle a participé la ministre de l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet, les lauréates ont reçu un chèque de 10 000 euros pour le développement de leurs projets respectifs. On regrettera tout de même que les lecteurs n’aient pas eu accès au vote. « Nous réfléchissons à la participation de notre lectorat pour les prochaines éditions, mais des problèmes logistiques se posent encore », explique Cécile Dagniaux, responsable marketing chez Mondadori.

Un vote démocratique… et juste ?

Le vote du public, un idéal démocratique ? Sans doute, mais qui pose tout de même des problèmes, et pas que logistique : début décembre, Alice Audouin participe à la remise du Trophée du Business vert, organisée par le journal l’Expansion. Résultat surprise : les votants ont boudé François Marty et son entreprise le Chênelet, peu médiatisé, pourtant « l’un des piliers de l’économie verte et solidaire ! », s’étonne Alice. Rééquilibrage du jury, avec un prix spécial coup de cœur. Une ouverture et une démocratie qui ont donc leurs limites lorsqu’elles sont confrontées à un électorat pas forcément initié. Il n’empêche, Alice Audouin n’en démord pas : « Pour gagner en transparence et en crédibilité, il faut décloisonner le secteur, s’ouvrir au public et le faire participer à ses démarches ! » Un équilibre fragile est donc à trouver entre objectivité de professionnels et subjectivité de néophytes. Ou l’inverse.

Thomas Roure

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