De l’énergie renouvelable en masse !

Publié le 23 novembre 2011

Parmi les énergies renouvelables en vue ces dernières années, on trouvait l’éolien, le solaire, voire même l’hydraulique. Mais du côté de la production énergétique, avec 11 984 ktep (milliers de tonnes d’équivalent pétrole) contre 667 ktep pour l’éolien et 66 ktep pour le solaire, c’est la biomasse qui se classe première en France1. Plus ancienne, celle-ci englobe de nombreuses ressources, végétales, animales ou fongiques, qui sont surtout transformées en chaleur ou en électricité. L’exemple le plus répandu est l’utilisation du bois pour le chauffage ou la cuisson. Mais les technologies modernes permettent des transformations plus surprenantes, comme celle de plantes en biocarburants, ou de déchets agricoles et de fientes de poulet en électricité.

La biomasse en France

Suite au Grenelle de l’environnement, en 2007, le gouvernement français a décidé de miser sur la biomasse. En 2020, selon ses prévisions, celle-ci représenterait la moitié des 23% d’énergies renouvelables imposé par la Commission européenne. Une démarche constructive, pour Raphaël Claustre, directeur du Comité de Liaison Energies Renouvelables, pour qui « la biomasse représente un potentiel considérable, à condition qu’on l’exploite mieux et qu’on en diversifie les ressources. » Plusieurs dispositifs politiques ont été déployés : un crédit d’impôt qui encourage l’usage de bois de chauffe domestique, et le Fonds chaleur, qui incite entreprises, collectivités et habitats collectifs à installer des chaufferies. « Ces dispositifs ont bien fonctionné », affirme Olivier Bertrand, responsable du département bioénergie au Syndicat des énergies renouvelables. A la différence de l’autre initiative en faveur de la biomasse, la construction de treize centrales électriques d’une puissance cumulée de 190 MW (Mégawatt). Pour l’instant, « (...) ces centrales sont jugées inadaptées par les professionnels » regrette Olivier Bertrand. En cause notamment, la valorisation de la chaleur émise dans ces centrales ; un tiers seulement produit de l’électricité, les deux tiers restants devant être revendus, pour chauffer des entreprises par exemple. Mais cela n’a pas abouti, en partie par manque d’expérience des porteurs de projet, et la chaleur se perd. Un problème à résoudre pour l’Etat, avant de poursuivre son programme qui visait une production de 2 400 MW d’ici à 2020.

Les enjeux pour le développement

Pour que la biomasse devienne effectivement une énergie de premier ordre, plusieurs obstacles restent à surmonter. Le principal pour Raphaël Claustre, est la « (...) décentralisation des politiques énergétiques.» Car jusque là, les décisions sont prises à la capitale en tenant peu compte des cas particuliers. Ce qui, selon l’ingénieur, « (...) conduit parfois à des projets nuisibles aux structures territoriales. » La biomasse est une énergie très locale : d’une part les gisements se trouvent souvent à proximité des usines de transformation, et d’autre part la chaleur se transporte mal. Autre enjeu pour la biomasse, le respect de l’environnement. En théorie, elle ne nuit pas à ce dernier, en exploitant des déchets qui laissent le temps à la nature de se renouveler. Ce n’est pas toujours le cas. Un rapport de Greenpeace intitulé De biomasse à biomascarade, publié en novembre 2011, dénonçait l’exploitation intensive de la forêt boréale canadienne. Enfin, si le potentiel de la biomasse est considérable, l’association Négawatt précise « qu’elle [ne doit pas]entre[r]en concurrence avec les autres usages essentiels que sont l’alimentation mais aussi la production de matériaux. » Comme ça peut lui être reproché avec les biocarburants.

David Le Doaré

1 (source INSEE en 2009)

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