Les parabènes sur la sellette

Publié le 7 juin 2011

La santé, attention danger ! Prendre soin de soi ne va pas de soi… Après la réglementation défaillante – médiator laissé trop longtemps sur le marché, et la réglementation imaginaire – médicaments à base de plantes supposément interdits par l’UE (il s’agit en fait de Restrictions sur la vente de médicaments à base de plantes), voici la réglementation réelle, l’interdiction des parabènes. Encore faut-il qu’elle soit appliquée. Mais pas si simple de peser risques et bénéfices. 

L’interdiction de produits pharmaceutiques contenant des parabènes, a été votée par l’Assemblée nationale le 3 mai. Validant ainsi la proposition de loi de Yann Lachaud (Nouveau Centre, Gard) contre l’avis du gouvernement. Avant d’être validée, la loi doit passer devant le Sénat. Mais pour l’heure, aucune date n’est prévue. On attend le rapport de l’étude de toxicologie menée par l’AFSSAPS (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé), prévu pour fin novembre. En attendant, l’AFSSAPS refuse de procéder à une énumération des produits concernés, arguant la complexité de l’analyse de risque, qui doit tenir compte « du type de parabènes, de la population exposée, de la voie d’administration …. »

Tandis que l’agence joue la prudence, Le Monde établit une liste et la publie le 24 mai, recensant plus de 400 produits cosmétiques, alimentaires ou médicaments contenant des parabènes.

 Leur rôle est d’empêcher la croissance de champignons ou de bactéries et d’assurer le maintien de la qualité et des propriétés des formules chimiques. On les retrouve dans plus de 80 % des produits d'hygiène et de toilette dont des shampooings, des crèmes hydratates, mousses à raser, gels nettoyants... C’est l’utilisation de parabènes dans plus de 13 000 formules et leur capacité à pénétrer à travers leur peau, qui pousse les spécialistes  à s’interroger sur leur toxicité.

Naturellement présents dans le corps humain, les parabènes existent aussi à l’état naturel dans plusieurs aliments dont la mûre, l'orge, la fraise, le cassis, la vanille, la carotte ou l'oignon. Dans des aliments préparés à partir de plantes (jus de raisin, autres jus, vinaigre de vin...) et dans certains fromages et les produits fabriqués par les abeilles.

Selon l'AFSSAPS, les parabènes sont généralement bien tolérés dans les médicaments, soit, par voir orale. Cependant, depuis la publication en 2004 d’une étude menée par une équipe britannique, l’AFSSAPS s’interroge sur deux risques théoriques : une baisse de la fertilité pour l’homme et un éventuel développement des tumeurs oestrogéno-dépendantes. L’étude britannique ayant mis en évidence des parabènes dans des biopsies de tumeurs du sein. On suspecte alors ces conservateurs d’être à l’origine d’une perturbation du système endocrinien. Le danger ? Les parabènes auraient la capacité de mimer l’action des hormones féminines en s’attachant aux récepteurs d’œstrogènes des cellules de l’organisme. Et les facteurs hormonaux sont prédominants dans le développement d’un cancer du sein.

Des essais en laboratoire ont toutefois montré que même les parabènes les plus actifs sont 10 000 fois moins puissants que l’oestradiol, hormone de substitution administrée aux femmes ménopausées. Et les experts de l’INSERM ont conclu mi-avril que les informations obtenues après des études épidémiologiques demeuraient « insuffisantes pour confirmer l’impact des parabènes sur la qualité spermatique. »

Pourquoi peut-on trouver autant de parabènes dans nos médicaments malgré ces risques ? Parce que les alternatives à ce conservateur font défaut. Selon l’AFSSAPS, il n’y aurait pas de conservateur plus fiable : « il ne semble pas possible de proposer (…) des alternatives chimiques ayant un meilleur profil de sécurité et un efficacité de conservation égale aux parabènes ». Et d’ajouter, « d’autres conservateurs chimiques pourraient être utilisés mais le risque lié à leur utilisation n’est pas documenté. »

 

Fanny Fontan

 

 

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