Sous le soleil... éventuellement ?

Produite par des tours et des centrales solaires en Serbie, en Espagne ou aux USA, utilisée par certains TGV Thalys, dans des villages isolés des Andes, ou encore des unités militaires américaines en Afghanistan… Les formes varient, mais c’est bien l’énergie solaire qui gagne peu à peu tous les pays du monde. Sous notre soleil hexagonal, ¾ des français l’identifient comme la plus efficace des énergies d’avenir1. Aujourd'hui, elle reste encore marginale. Sur les 486,4 TWh (térawatt-heure, soit un million de MWh) d’électricité consommée en 20092, le photovoltaïque ne représentait que près de 430 MWh (mégawatt-heure). Le potentiel de cette source d’énergie est pourtant considérable - la Terre en absorberait chaque jour environ 120 000 TW - et l’homme sait comment l’exploiter. En 2006, l’association Négawatt avançait un scénario où le photovoltaïque représenterait 12 TWh en France dès 2030. Plus ambitieux encore, le projet Desertec, dans le Sahara. Déjà démarré, il couvrirait idéalement en 2050 la moitié des besoins en électricité de l’Europe, de l’Afrique du Nord, et du Moyen-Orient, selon le Centre aérospatial allemand.
Comment exploiter le Soleil ? Déterminant à l’état naturel, dans les cycles de l’eau, du vent ou de la photosynthèse (énergie solaire passive), l’homme a appris à transformer son rayonnement. En chaleur tout d’abord. Il s’agit du solaire thermique qui peut répondre à une part importante des besoins des particuliers : un chauffe-eau solaire fournit approximativement 50% de l’eau chaude nécessaire à un foyer. Mais les rayons peuvent également produire de l’électricité, via les cellules photovoltaïques, ou bien en faisant s’évaporer l’eau afin d’actionner des turbines. Le premier système à l’avantage d’être exploitable en France, où les panneaux photovoltaïques ornent un nombre croissant de maisons et d’entreprises. Quant au second, il exige un ensoleillement bien plus important. Si bien que centrales et tours solaires se construisent surtout dans les régions désertiques ; dans le désert des Mojaves en Californie, la centrale a une puissance maximale de 354 MW.
Pour le moment, les énergies solaires ne sont que rarement rentables, en partie à cause des coûts élevés d’installation. En attendant d’atteindre l’équilibre économique, ou parité réseau, l’intervention de l’Etat est indispensable à leur développement. Des aides sont allouées sous la forme de crédits d’impôt, ou de rachat de la production électrique. En France, le gouvernement peine à s’organiser. Après une période de soutien financier disproportionné en 2009/2010, qui a engendré une bulle spéculative, le nouveau dispositif gouvernemental pour le photovoltaïque (mars 2011) devrait entrainer des pertes d’emplois, estimées à 15 000 par Tpamps3. « La filière est en vrac » déplore Richard Loyen, délégué général d’Enerplan 4. Quant au solaire thermique, face au « tropisme électrique » qui favorise le photovoltaïque, c’est « le parent pauvre de l’énergie» ajoute-t-il. Malgré ces contretemps, le solaire se développera dans la décennie à venir : le Grenelle de l’environnement vise un marché installé de 5 400 MWhpour le photovoltaïque d’ici 2020, et les réglementations Bâtiments Basse Consommation (2012) et Bâtiments à Energie Positive (2020) inciteront à investir. Mais c’est une « course pour le leadership de cette industrie » qui a démarré, analyse Mr Loyen. Et nous avons fait un faux départ.
David Le Doaré
1 Enquête omnibus en février 2011
2 Source Réseau de Transport d’Electricité
3 Association Touche pas à mon panneau solaire
4 Association Professionnelle de l’Energie Solaire
Crédit photo : ABB







