Les terres arables, une denrée rare et convoitée

Le cap des 7 milliards d’habitants est dépassé. Et d’ici à 2025, nos sols devront nourrir un milliard d’habitants supplémentaires. Plus que jamais se pose le problème de l’exploitation des terres arables et de leur (bonne) gestion.
Les terres arables, ou cultivables, sont l’essence même du développement des populations, notamment rurales. De leur préservation dépend la qualité de vie, voire la survie, de près de 500 millions de personnes à travers le monde, qui subsistent directement grâce à la petite agriculture. Dans le même temps, un milliard de personnes souffrent de mal nutrition. Constat étonnant, quand on sait que, sur les 4,3 milliards d’hectares de terres arables disponibles sur la planète, seulement 1,5 milliard sont cultivées ! L’Asie, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient exploitent la grande majorité de leurs sols arables, mais les pays de l’OCDE et de l’ex-URSS (l’Ukraine notamment) ne valorisent que la moitié de leur potentiel, tandis qu’en Afrique subsaharienne et en Amérique du Sud, cette proportion n’est que de 20 %... Accroître la surface des terres cultivables paraît donc une nécessité pour subvenir au besoin du plus grand nombre. Sauf que cet accroissement a forcément des répercussions sur la déforestation, dans des pays comme le Brésil ou l’Indonésie, qui empiètent chaque jour un peu plus sur leurs forêts tropicales. Et leur exploitation n'est pas toujours gérée durablement.
Des sols dégradés
Selon un rapport publié le 28 novembre dernier par la FAO (Food and Agriculture Organization), un quart des terres arables dans le monde sont « très dégradées », quand seulement 10 % d’entre elles seraient en état d’amélioration. Les causes de cet appauvrissement sont multiples : impact du réchauffement climatique et désertification, pollution des sols liée à une utilisation intempestive de produits chimiques, agriculture intensive, etc. Selon un rapport de l’Onu datant d’août 2010, 30 millions d’hectares de surfaces cultivées sont perdues chaque année dans le monde : 5 à 10 millions d’hectares disparaissent du fait de l'érosion et de l'épuisement avancés des sols, et 19,5 millions sont converties en terres pour le développement immobilier et industriel. Une situation catastrophique, au regard des estimations de la FAO sur la production agricole en 2050, qui "devra augmenter de 70 % pour nourrir une population mondiale de 9 milliards d'habitants."
Des terres exploitées au détriment des populations locales
Crises alimentaires, financière et climatique ont contribué cette dernière décennie a accéléré la vente, la location ou l’attribution de terres cultivables à des investisseurs privés ou publics, au détriment des populations locales. Ainsi, 45 millions d’hectares ont fait l’objet de transactions en 2009 contre 4 millions entre 1998 et 2008. Deux tiers de ses acquisitions ont été faites en Afrique subsaharienne. Au Mozambique, le groupe français agro-industriel Tereos exploite aujourd’hui 100 000 hectares transformés en monoculture énergétique, alors que 70 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Même histoire au Mali, dans la région centrale de l’Office du Niger*, qui fournit pourtant 60 % des besoins en riz du pays. L’Etat vient d’attribuer quelque 800 000 hectares de terres à des groupes agro-industriels. Pire encore : récemment, des entreprises indiennes ont investi près d’un milliard d’euros pour s’approprier des terres en Ethiopie, en Tanzanie et en Ouganda. Des investissements destinés à l’exportation, et non à nourrir les populations locales, alors que la Corne de l’Afrique est frappée par l’une des plus graves famines de son histoire.
Si l’Afrique, l’Asie et l’Amérique Latine sont les cibles privilégiées des spéculateurs agricoles, ce sont également les régions du monde les plus touchées par les bouleversements climatiques. Dans l'Himalaya, les Andes, en Ethiopie et en Afrique australe, sécheresses et inondations à répétition ont accéléré l’érosion des sols. Des ONG comme Action contre la faim mènent de nombreux programmes agricoles à travers le monde pour lutter contre la famine, mais leurs champs d’action sont souvent limités et s’arrêtent là où commencent la volonté des pouvoirs politiques. Et des lobbies industriels.
Thomas Roure
* Sur les terres irriguables de l'Office du Niger au Mali, voir le webdocumentaire du photographe Philippe Revelli







