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Le cohabitat, un chez soi autrement

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C’est dans l’air du temps et pourtant ce n’est pas nouveau ! En 1964, un architecte danois crée le concept de cohousing (cohabitat ou covoisinage). Depuis, nos voisins de l’Europe du nord ont largement développé cette idée. Elle représente 5 % des logements danois et s’installe petit à petit en France. Parce qu’il est à la fois difficile de se loger et difficile de trouver du lien social, de plus en plus de personnes recherchent des solutions alternatives.

C’est ce constat qui a mené Julien Maury, fort d’une expérience de plusieurs années dans l’immobilier, à lancer Coab, une entreprise qui propose du cohabitat et de l’habitat participatif. « Il est indispensable de produire des biens immobiliers pour répondre à la demande des acquéreurs et non pas pour les bienfaits de la finance », clame ce trentenaire. Le principe est simple : pendant six mois, en participant à une vingtaine d’ateliers participatifs, les futurs propriétaires mettent au point leurs logements, respectueux de l’environnement. Ils se mettent d’accord sur leurs envies et leurs besoins particuliers et collectifs (achats groupés, garde d’enfants, déplacements), et rédigent leur règlement de copropriété, puisque les statuts s’adaptent à chaque groupe de « Coabiens ». Des prémices du projet jusqu’à son aboutissement, des professionnels les encadrent au point de vue législatif, architectural et environnemental. Le résultat est probant : ils emménagent dans des logements neufs ou réhabilités en faisant une économie substantielle : 5 à 10 % en dessous du prix du marché, soit du neuf au prix de l’ancien.

Le bénéfice est donc financier, mais pas seulement. Dans ces projets, c’est « mieux vivre ensemble » qui prime. A titre d’exemples, chaque mètre carré est optimisé, des buanderies communes ou des studios d’hôtes (pour recevoir la famille ou les amis), des systèmes de gardes d’enfants collectives, une salle des fêtes commune, peuvent être envisagés (entre 5 et 10 % de chaque projet sont des espaces mutualisés). Un projet à Pantin et un autre à Corbeil-Essonnes sont en cours de réalisation. Chacun réunissant une quinzaine de foyers motivés par plus de solidarité, d’écologie et d’économie.

Le logement : un droit pour tous

A Lyon, l’association Habicoop en collaboration avec la société HLM  Rhône-Saône-Habitat, propose une vision plus militante de l’habitat participatif. Dans le Village vertical de Villeurbanne qui verra le jour l’année prochaine, ce sont 14 logements qui seront créés. Là, pas de copropriété au sens classique du terme mais une véritable coopérative d’habitants, la première en France. Les futurs « villageois » parlent d’une seule voix : « Le logement est un droit pour tous. Ce n’est pas seulement un bien que l’on achète. Dans ce projet, ce sont des idéaux qui nous portent. L’immeuble sera un bien collectif dont nous sommes tous, démocratiquement, les propriétaires et les gérants. Personne ne peut s’enrichir, mais chacun détient des parts sociales qui correspondent à l’épargne qu’on met au fil du temps dans cet immeuble. » Pas de spéculation possible donc ! C’est l’un des buts d’Habicoop. Si un habitant veut se séparer de son logement, il revend ses parts à un nouveau coopérateur.

L’autre priorité de l’association est de privilégier l’écologie et l’aspect social du logement. Quatre logements seront attribués à des jeunes dont la situation nécessite un suivi social. Là aussi, un certain nombre d’espaces et de services seront mutualisés : buanderie, covoiturage, terrasse ou jardin potager. N’être ni tout à fait propriétaire, ni tout à fait locataire de son logement est un phénomène tellement novateur qu’il a fallu faire face à un flou juridique qui a nécessité de longues années de mise en place : la constitution du groupe d’habitants et la création de l’association du Village vertical (photo ci-dessous) date de 2005, les travaux viennent de commencer et l’emménagement des coopérateurs est prévu pour 2013. Autant d’années indispensables pour formaliser les différents partenariats, réaliser le montage juridique et financier du projet, le concevoir architecturalement, trouver le terrain et rechercher les fonds.

Les pionniers strasbourgeois

A Strasbourg, l’association Eco-quartier a été créé en 2001. Son but est d’inciter, là aussi, à un mode de vie durable et économe en ressources. Son objectif principal est de promouvoir des actions d’urbanisme en s’appuyant sur l’autopromotion, qui repose sur l’initiative citoyenne et répond le mieux possible aux attentes des habitants. Là aussi, des groupes d’habitants se réunissent et modèlent leur projet d’habitation selon leurs désirs et/ou leurs besoins. Le premier éco-immeuble a vu le jour en 2010, réunissant dix familles. Depuis, plusieurs projets ont déjà vu le jour ou sont en cours de réalisation, dans le Grand-Est, avec toujours le souci du bien-être individuel et collectif et celui de la biodiversité qui, dans chacun de ces projets est au coeur des préoccupations de chaque groupe de futurs résidents.

Le cohabitat répond donc à un vrai problème posé par notre société : une société dans laquelle la conjoncture économique est toujours plus difficile et le lien social de plus en plus rare malgré tous les moyens de communication actuels. Julien Maury, optimise : « Selon moi, la société de demain sera plus collaboratrice, plus équitable par la force des choses. Pierre à pierre, nous construisons des villes différentes. S’engager dans le cohabitat, c’est retrouver le “chez nous” manquant ! »

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