Article

La coiffure s'engage dans l'hair durable

Article

Les salons de coiffure consomment 600 000 MWh d’énergie par an, soit l’équivalent des besoins d’une ville de 18 000 habitants. A cela s’ajoute l’utilisation de 8 millions de m3 d’eau chaque année. De quoi remplir 6 500 piscines municipales ! Mais être tendance est vital pour le domaine de la coiffure. Difficile, donc, de passer à côté des préoccupations environnementales. « C’est un secteur de proximité, explique Jacques Minjollet, directeur des Institutions de la coiffure (qui regroupent trois régimes complémentaires : retraite, prévoyance et santé). Les salons sont au coeur de la cité et aujourd’hui, plus de 80 % de la population s’intéresse au développement durable. »

Les coiffeurs se mettent au vert

En novembre 2010, sollicitées par les partenaires sociaux, les Institutions de la coiffure élaborent un label : « Développement durable, mon coiffeur s’engage ». « Une charte avait déjà été établie en 2008, précise Jacques Minjollet. C’était une sorte de déclaration d’intention. Elle présentait les 10 points sur lesquels la profession devait travailler. » A savoir, dans les grandes lignes, la prise en compte de l’environnement dans la création du salon, l’exercice du métier et l’achat du matériel ; la lutte contre les discriminations et la promotion de la diversité ; la sensibilisation des apprentis et de la clientèle à ces thématiques. Avec le label, la profession passe à l’étape supérieure : la mesure de son implication dans le durable. Pour être labellisé, l’employeur demande un dossier de candidature auprès des Institutions de la coiffure. Il remplit un questionnaire pour connaître l’impact environnemental du salon, sa consommation d’énergie et d’eau, sa conformité aux réglementations actuelles, la maîtrise des déchets, la santé et la sécurité du personnel comme des clients. Un bureau d’études se charge ensuite de l’audit des salons, « le plus souvent Ecocert », précise Jacques Minjollet.

Les salons labellisés reçoivent pour trois ans une à trois étoiles selon le degré d’implication dans le développement durable. Ils sont incités à améliorer leur pratique. Une feuille de route est enfin définie pour être au top de la coiffure durable. Résultat pour le coiffeur : un logo vert à afficher dans le salon. Tout ça pour ça ? « Faire la demande n’a rien d’une démarche économique », explique Bruno Glémain, créateur des salons Bruno Melgani. Pas de répercussions au niveau des prix, en ce qui le concerne. La fréquentation de ses salons n’a pas augmenté non plus. « J’ai tout de même observé une économie due à la baisse de consommation  d’électricité et d’eau. » Mais l’idée consiste plus à s’impliquer soi-même dans le durable et inviter ses clients à réfléchir à la démarche. Convaincu par les principes du développement durable, ce coiffeur roule en voiture électrique et son toit est couvert de panneaux solaires. Il a d’ailleurs participé au comité de pilotage du label. Cinq de ses onze salons ont obtenu de une à deux étoiles. « Les salons sont éclairés par des ampoules à basse consommation. Nous utilisons également une climatisation réversible, ce qui permet d’utiliser moins d’énergie en hiver. Nos bacs possèdent des embouts mousseurs, qui ont un débit de 6 litres au lieu des 12 litres habituels. Mais l’important, c’est le comportement de chacun, nuance-t-il. Ça ne sert à rien d’avoir un économiseur d’eau si c’est pour laisser le robinet ouvert d’un shampoing à l’autre ! »

Le cheveu, matière vivante

Quel que soit l’engagement des coiffeurs au sein de leur salon, ils restent tributaires de la demande des clients. Et pour réaliser permanentes, couleurs et autres lissages, les produits chimiques inondent les bacs. La coiffure est l’une des professions les plus concernées par le risque d’allergie, d’eczémas ou d’asthme selon l’Institut national de la recherche et de la santé (INRS). Parmi les substances coupables aux noms barbares, figurent le paraphénylènediamine, les persulfates, les thioglycolates… Produits nocifs pour les coiffeurs exposés à longueur de journées, ils le sont également pour les clients. Le site de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) indique recevoir, depuis sept ans, « un nombre croissant de déclarations d’effets indésirables consécutifs à la réalisation de teintures capillaires permanentes ». Chef de vente à la clinique du cheveu, Stéphane Giacobi reconnaît le caractère agressif de certains produits. « Tout le monde réagit différemment, mais parfois l’accumulation de lissages, de couleurs, de permanentes provoque des brûlures.»

Le cheveu, matière vivante, a besoin d’être soigné. « On a 25 cycles de cheveux dans notre vie, explique-t-il. Chaque cycle dure entre 3 à 5 ans. Quand on agresse le cheveu, son cycle de vie diminue, de 3 ans à 8 mois, par exemple. Une fois qu’on a épuisé les 25 cycles, c’est la chute. 15 à 20 % des personnes traitées au sein de la clinique viennent justement à cause d’une accumulation de soins agressifs. » Pour pallier ces effets, des professionnels se lancent dans la coiffure végétale ou naturelle sans agent pétrochimique ou agressif, comme Rémi Guyomarch. Gérant de la société Terre de Couleur, il formule des colorations 100 % végétales, à base d’argile et d’huiles essentielles (voir encadré ci-contre). « Les couleurs chimiques sont toxiques, dénonce-t-il. Les écailles de la cuticule, la membrane qui est sur le cheveu, sont explosées par ces colorations. On y trouve du plomb, de l’arsénique, de l’aluminium… Ces agents bousillent le bulbe ! » Pour lui, les dégâts sont tels qu’il est nécessaire de « détoxiner » le cheveu par des soins spécifiques ou des masques, pour passer d’une coloration chimique à une coloration naturelle. « La couleur prend difficilement autrement. Vous risquez de sortir avec les cheveux verts ! Il faut d’abord restituer le bulbe et la cuticule. »

Les couleurs naturelles, elles, respectent les cheveux. « Elles fonctionnent, au contraire, par imprégnation, explique Laurence Chapelle, coiffeuse ne travaillant qu’avec des produits bio (voir son témoignage page 49). Les résultats sont visibles au long terme. Et agissent comme un véritable soin. » Mais ils ne permettent pas de satisfaire toutes les fantaisies des victimes de la mode : pas question de noir corbeau ou de blond platine… Autres limites : « Une couleur naturelle mettra plus de temps à prendre qu’une couleur par oxydation, prévient Bruno Glémain. Elle nécessite plus de temps pour être appliquée, dure moins longtemps, coûte plus chère. Par exemple dans mes magasins, 40 euros contre 33 euros pour une couleur classique… Pour convaincre les clients, il faut beaucoup parler ! Mais c’est à nous, coiffeurs, d’être porteurs de nouveauté.»

Une labellisation est lancée
Au mois de juillet dernier, 800 dossiers ont été déposés et près de 80 salons ont été labellisés « Développement durable, mon coiffeur s’engage », sur 40 000 établissements en France. La marge de progression reste large… « Nous allons essayer de sensibiliser les jeunes coiffeurs par les centres de formation », indique Jacques Minjollet. Soit 30 000 jeunes à former au développement durable.

A cliquer :
www.terredecouleur.fr     
www.cosmigea.com
    
www.aucoeurdesracines.fr

Voir une sélection d’articles du magazine:

Je m'abonne